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16 de maig 2017

Un vote inéluctable

Introduction de présentation
Quiconque aurait pu penser que les 2 348 350 personnes ayant voté en Catalogne le 9-N 2014 n'avait que des motivations économiques insolidaires pour exprimer leur vote lors de cette consultation citoyenne ferait bien de lire cet article publié le 13 mai à El Punt Avui par Toni Brosa. L’article montre l'attitude persécutrice de l'état espagnol, dans le style « Quieto todo el mundo ! », qui reflète ses tics toujours inquisitoriels vis-à-vis de la Catalogne. À ce sujet je veux bien penser qu'Albert Camus aurait évoqué encore une fois ce qu'il avait dit sur la résistance à l'oppression...

Un vote inéluctable 

El Punt Avui
13/05/17 02h00
Toni Brosa: «Un vot ineludible»(1)

Dans le plus pur style « Quieto todo el mundo ! »(2) l'état continue de répondre, à chaque mouvement du souverainisme, en lançant des plaintes et des jugements afin de relier le statu quo pactisé pendant la Transition avec les élites du franquisme.(3) Ils en disent légalité, état de droit ou démocratie, mais la réalité reste que le gouvernement catalan est poursuivi pour le fait d'acheter des urnes ou de tenir ses promesses électorales, que la présidente et le bureau du Parlement sont poursuivis pour avoir permis un débat et une mise au vote politiques, et que les membres du gouvernement précédent sont poursuivis pour avoir demandé l'opinion des citoyens... Mais il y a davantage de persécutions, de toutes les sortes : celle des missions officielles à l'étranger, aussi bien diplomatiques que commerciales ; celle des drapeaux étoilés dans l'espace public(4) ; celle des accords et des déclarations dans les séances plénières municipales ; celle des actions symboliques telles qu'ouvrir la mairie le 12 octobre(5) ; celle des discours métaphoriques sur des œufs et des omelettes(6) … et ainsi de suite ; l’immobilisme de l’état est frénétiquement multiplié afin d’immobiliser la société, bien sûr la catalane. Et c’est justement à cause de cela que la Catalogne a besoin de faire un référendum : pour briser cette dynamique de la répression, de la contrainte et de la menace en tant que formule de cohabitation ; pour ne pas avoir à se rendre auprès d’aucune cour pour défendre la légitimité des institutions catalanes. Et pour bien d’autres choses. Les Catalans ont besoin du référendum pour bâtir une démocratie authentique où l’opinion des citoyens ait un poids pour de bon ; pour pouvoir faire une constitution plus participative, plus croyable, et libre des hypothèques des militaires franquistes ou des pouvoirs de fait ; ou pour blinder la séparation des pouvoirs, le meilleur outil contre des despotes et des corrompus. La Catalogne a besoin du référendum pour récupérer une souveraineté jamais cédée ni négociée, mais arrachée par la force et enterrée sous un tas de lois, traditions et principes imposés ; elle en a besoin pour pouvoir choisir entre l’anachronisme des Bourbons et la République des gens ; et en a aussi besoin pour épargner à la langue, à la culture, aux entreprises, aux ports et aux aéroports, aux travailleurs indépendants ou pour compte d’autrui, aux usagers du train… bref, aux Catalans en général, les bâtons dans les roues et les attaques d’un état toujours étranger et d’une catalanophobie qu’il ne peut pas arrêter.

Introduction, traduction et notes par Miquel-Àngel Sànchez i Fèrriz masferriz<at>masf.cat

MOTS-CLÉ : catalanophobie étatique répressive, persécution judiciaire étatique, référendum en tant que résistance à l’oppression. 


(1) Note du Traducteur : http://www.elpuntavui.cat/opinio/article/8-articles/1140031-un-vot-ineludible.html
(2)  NdT : « Tout le monde se calme ! », avait dit Antonio Tejero, colonel de la Guardia Civil, en brandissant son pistolet lorsqu'il a monté sur la tribune du Congrès des députés espagnols réuni à Madrid.
(3) NdT : https://fr.wikipedia.org/wiki/Transition_d%C3%A9mocratique_espagnole et https://ca.wikipedia.org/wiki/Transici%C3%B3_democr%C3%A0tica_espanyola
(4) NdT : Au moins un tiers des municipalités catalanes ont eté pursuivies par la Délégation du gouvernement espagnol en Catalogne pour l’exhbition du drapeau étoilé ( http://www.vilaweb.cat/noticies/mes-dun-terc-dels-municipis-catalans-ja-estan-amenacats-per-la-justicia-espanyola/ )
(5) NdT : férié, car jour de la fête nationale espagnole.
(6) NdT : le procureur de la Cour nationale centralisée à Madrid voulait à tout prix faire dire à Joan Coma, conseiller municipal de Vic conduit menotté à Madrid, qu'il avait prôné la violence car il avait dit que pour faire une omelette il faut casser les œufs.


26 d’oct. 2015

Un état

Au lendemain de la mise en examen du président de la Generalitat de Catalogne, Artur Mas, par la Cour supérieure de justice de Catalogne, Gabriel Rufián, membre de l'association Súmate (Joins-t'y)1 a publié cet article dans la section Feuille de route [du processus d'indépendance de la Catalogne] du quotidien catalan El Punt Avui (http://www.elpuntavui.cat/opinio/article/8-articles/900727-un-estat.html) qui défend le président catalan et critique la réaction espagnole en la qualifiant de légaliste mais d'antidémocratique.


 


Un état


El Punt Avui  30/09/15 02h00 
Gabriel Rufián 
FULL DE RUTA «Un estat»

Un état protégeant Martín Villa bien qu'ayant signé des condamnations à mort2 et qui met en examen Artur Mas après avoir convoqué un référendum est un état méprisable. Un état qui poursuit les présidents élus qui ont mis des urnes en carton devant les personnes et qui protège les hiérarques franquistes qui ont mis des armes devant les personnes est un état misérable. Un état qui s'indigne face à des files de gens devant les urnes et qui se tait face à des files de gens devant des cantines sociales est un état canaille. Un état qui oblige un président catalan à déclarer pour s'être opposé à une décision antidémocratique - justement le jour du 75ème anniversaire de l'exécution d'un autre président qui s'était opposé à une dictature fasciste -3 est un état monstrueux. Un état qui use de tribunaux et de juges partiaux face à une aspiration politique est un état tricheur. Un état qui menace de prison des politiciens éloignés idéologiquement et qui libère des politiciens corrompus mais amis est un état injuste. Un état qui qualifie de « défi » ou de « menace » un mandat populaire exprimé dans les urnes est un état antidémocratique. Un état qui mobilise la plus grande campagne de la peur et de mensonges lors d'élections est un état vil. Un état qui ignore la clameur d'un peuple venant de la rue et qui respecte les yeux fermés les chantages venus de quelques bureaux est un état infâme. Un état qui invoque l'article 155 de la Constitution face aux urnes et qui ignore l'article 47 devant une éviction est un état indigne. Un état qui donne des réponses judiciaires à des questions politiques est un état sourd. Un état qui identifie les aspirations de liberté de centaines de milliers de citoyens à un seul parti ou un seul homme politique est un état aveugle. Un état où la gauche s'aligne sur la droite4 dans la menace contre des aspirations absolument démocratiques est un état dramatique. Un état qui 80 ans après5 est incapable de reconnaître et de respecter les différentes identités et cultures vivant ensemble sur son territoire est un état qui ne les mérite tout simplement pas. Un état qui au surlendemain de la victoire incontestable de l'indépendantisme lors des élections avec 2 000 000 de voix (soit 48%, sans compter l’ambiguïté de CSQEP)6 assigne à comparaître un de ses leaders est un état dont il faut s'autodéterminer. Et dans un état ainsi, croyez-moi, ce n'est pas l'indépendantisme qui a un problème.

Introduction, traduction et notes par Miquel-Àngel Sànchez i Fèrriz masferriz@masf.cat


ETIQUETES : mise en examen du président de Catalogne, légalité étatique contre légitimité démocratique


1 Note du Traducteur : Association de citoyens et d'organisations civiques et sociales hispanophones dont l'objectif est d'élargir le débat social et politique ouvert en Catalogne sur son avenir en tant que peuple et dont la devise est « Ce qui compte ce n'est pas l'origine mais la destination ».


2 NdT : Rodolfo Martín Villa a été ministre, notamment d'intérieur, sous Franco et après Franco.


3 NdT : le président Lluís Companys, élu démocratiquement, à été fusillé suite à son arrestation par la police allemande dans la France occupée puis sa remise aux autorités franquistes. L'Allemagne a demandé des excuses. La France aussi. Quant à l'Espagne, les Cortes ont promulgué une « loi de l'oubli » qui n'a pas condamné l'insurrection de Franco ni son régime et n'en a pas aboli les lois.


4 NdT : Allusion aux deux partis majoritaires au pouvoir : respectivement PSOE et PP.


5 NdT : Allusion à l'époque de la deuxième République espagnole à la veille de l'insurrection militaire contre le gouvernement légitime en place.



6 NdT : "Catalunya sí que es pot" (Catalogne c'est possible) coalition politique de gauche sociale qui a concouru aux élections catalanes du 27 septembre.

24 d’oct. 2015

Terrorisme d'état

Au lendemain de l'entrée en vigueur de la dernière loi1 adoptée par le gouvernement du Partido Popular avec l'objectif mal dissimulé de permettre la déchéance du président de la Catalogne afin de le priver d'exercer ses fonctions2 –– il est utile de rappeler cet article d'un lecteur du quotidien El Punt Avui (http://www.elpuntavui.cat/article/7-vista/23-lectorescriu/886387-terrorisme-destat.html) pour mettre en relief la politique de l'état espagnol à l'égard de la Catalogne.3
Terrorisme d'état
El Punt Avui  18/08/15 02h00 
Pere Manuel Giralt 
El Prat /Sant Just Desvern (Baix Llobregat 
Il y a beaucoup de sortes de terrorisme, autant que l'impossibilité de pouvoir les compter et les imaginer en même temps. La Catalogne subit aussi un terrorisme dissimulé, inimaginable et effronté par un état qui se protégeant derrière le mot démocratie est en train de laminer petit à petit les libertés d'un peuple qui essaye seulement de sauvegarder ce qui lui revient historiquement. Nous sommes en train de vivre une dictature avalisée par une majorité qui, en interprétant de façon intéressée la grande charte qu'ils n'avaient même pas votée,4 essayent ce que l'Espagne n'a pas réussi même au bout de trois siècles : l'holocauste de l'étouffement d'un peuple moyennant des lois, des décrets et des jugements en vue d’éradiquer notre langue, notre culture et nos libertés. Le processus de transition nationale est légitime, nécessaire et bien intelligible.5 Régénération nationale pour sauvegarder celle sociale. Sauvegarder la langue, la culture et tout ce qui concerne les traditions. Pouvoir administrer ce qui nous appartient et accélérer la si malmenée économie catalane.
Commentaire, traduction et notes par Miquel-Àngel Sànchez i Fèrriz masferriz@masf.cat

MOTS-CLÉ : déchéance du président de Catalogne, légalité étatique contre légitimité démocratique, terrorisme d'état

1 Note du Traducteur : Loi modifiant la loi de la Cour constitutionnelle espagnole en vue de l'exécution de ses résolutions en tant que garantie de l'état de droit (sic).

2 NdT : Pour mémoire, il faut rappeler que le président de la Generalitat de Catalogne, M. Artur Mas, a déjà été mis en examen par la Cour supérieure de justice de Catalogne suite à la plainte criminelle présentée par le représentant en Catalogne du procureur du roi sous le chef qu'il aurait permis un processus de participation citoyenne en vue de connaître l'opinion des Catalans sur le futur politique de leur pays.

3 NdT : Quant au pays Basque espagnol il suffit de rappeler que Arnaldo Otegi reste emprisonné malgré l'arrêt contraire de la Cour européenne des droits humains.

4 NdT : Lors du référendum sur la Constitution espagnole de 1978, le parti Alianza Popular - précédent du PP actuel - avait fait campagne contre et en effet y avait voté contre.


5 NdT : Tout le monde a pu suivre à la télé les grandes manifestations qui ont réuni des centaines de milliers de personnes d'abord en appui du Statut de Catalogne, puis du droit à décider des Catalans enfin carrément de l'indépendance : 10 juillet 2010 (un million et demi de personnes manifestent à Barcelone contre l’arrêt de la Cour constitutionnelle sur le Statut d'autonomie), 11 septembre 2012 (deux millions de personnes manifestent à Barcelone pour le droit à décider), 11 septembre 2013 (une chaîne humaine unit le nord des Pyrénées et le nord du Pays valencien), 11 septembre 2014 (un grand V [de voie, victoire, volonté de voter...] rassemble à Barcelone un million et demi de personnes) et 11 septembre 2015 (de nouveau quelque deux millions de personnes manifestent à Barcelone pour l'indépendance).    

24 de set. 2015

La dignité de la Catalogne

À la veille des élections qui se tiendront en Catalogne le prochain dimanche 27, il n'est pas sans intérêt de rappeler l'éditorial commun qui a été publié -rédigé par consensus- par les douze quotidiens catalans avec siège en Catalogne, sauf El País, aussi bien en catalan [1] qu'en castillan [2] il y aura bientôt six ans le 26 novembre 2009. L'éditorial mettait en lumière que le Statut d'Autonomie de Catalogne, approuvé par le Parlement de Catalogne en 2006, était le seul à avoir été attaqué par le Partido Popular (PP) qui en avait saisi la Cour constitutionnelle espagnole, où il était en suspens depuis plus de trois ans sans qu'aucun arrêt n'eût été prononcé à son égard...[3] De notre perspective actuelle, on dirait que la Cour constitutionnelle a pris cet éditorial comme une menace et en conséquence a prononcé l'arrêt qui s'est avéré le déclencheur du processus en cours. Affaire à suivre...





26/11/09 00:00 -  
ÉDITORIAL

Après quasiment trois ans de lente délibération et de manœuvres tactiques sans cesse qui ont malmené sa cohésion et ont érodé son prestige, la Cour constitutionnelle peut être sur le point d’émettre un arrêt sur le Statut de Catalogne, promulgué le 20 juillet 2006 par le chef de l’État, le roi Juan Carlos, dont voici l'avant-propos : « Sachez : que les Cortes Generales [4] ont approuvé, les citoyens de Catalogne ont ratifié en référendum et moi je viens sanctionner la loi fondamentale suivante ». Ce sera la première fois depuis la restauration démocratique de 1977 que la haute cour se prononce sur une loi fondamentale ratifiée par les électeurs. L’attente est élevée.

L’attente est élevée et l'inquiétude n'est pas faible devant l’évidence que la Cour constitutionnelle a été poussée par les événements à agir en tant que quatrième chambre, confrontée avec le Parlement de Catalogne, les Cortes Generales et la volonté citoyenne librement exprimée dans les urnes.

Rappelons-le, il s'agit d’une situation inédite en démocratie. Il y a, cependant, davantage de motifs de souci. Des douze magistrats que composent la cour, seuls dix pourront émette l'arrêt car un (Pablo Pérez Tremps) a été récusé suite à une trouble manœuvre clairement orientée à modifier les équilibres du débat, et un autre (Roberto García-Calvo) est mort. Des dix juges avec droit de vote, quatre restent en poste même si leur mandat est venu à échéance, suite au sordide désaccord entre le gouvernement central et l’opposition sur le renouvellement d’un organisme récemment défini par José Luis Rodríguez Zapatero comme le « cœur de la démocratie ». Un cœur avec les valves obturées, car seuls la moitié de ses membres sont aujourd’hui libres d'empêchements ou de reconduction. Voilà la cour de cassation qui se trouve sur le point de statuer sur le Statut de Catalogne. Par respect pour la cour –un respect sans doute supérieur à celui qu'elle s'est montré elle-même à plusieurs reprises– nous ne ferons plus d'allusion aux causes du retard dans l'arrêt.

La définition de la Catalogne en tant que nation dans le préambule du Statut, avec l'émanation résultante des « symboles nationaux » (par hasard la Constitution ne reconnaît-elle, dans son article 2, une Espagne composée de régions et de nationalités ?); le droit et le devoir de connaître la langue catalane ; l’articulation du Pouvoir judiciaire en Catalogne, et les relations entre l’État et la Generalitat [5], entre autres, voilà les points de friction les plus évidents du débat, d'après leurs versions respectives, puisqu'une partie significative de la Cour semble opter pour des positions irréductibles. Il en est des magistrats qui songent encore une fois à des chirurgies de fer coupant court ainsi à la complexité espagnole. Celle-ci pourrait se révéler, malheureusement, la pierre d'achoppement de l'arrêt
 



3 L’arrêt (http://www.tribunalconstitucional.es/es/jurisprudencia/Paginas/Sentencia.aspx?cod=16119) est intervenu au bout de sept mois plus tard.

4 Les Cortes Generales sont l'assemblée nationale espagnole.


5 La Generalitat est l'institution de gouvernement autonome de la Catalogne.